• Au Quai d'Orsay...

    Visite au ministère des affaires étrangères

    Haut lieu d’histoire et de pouvoir, le Quai d’Orsay est le cœur battant de la politique extérieure de la France. L’hôtel du ministre des Affaires étrangères, réservé aux hôtes de marques, est une vitrine de ses savoir-faire ainsi qu’un exemple parfaitement conservé du style Napoléon III.

    Par Sophie Giagnoni - Photo : Christophe Rouffio (avril 2011), Arts et Décoration

    Commencé sous Louis-Philippe et achevé sous Napoléon III, le Quai d’Orsay, construit entre 1844 et 1855, n’a jamais eu d’autre vocation que d’abriter le ministère des Affaires étrangères. Il a été conçu, aménagé et décoré sur mesure pour devenir un lieu de travail, de réunion, d’archivage, mais aussi – et c’est la vocation particulière de l’hôtel du Ministre – une vitrine de la politique extérieure de la France en donnant une image rayonnante de ses arts et de son savoir-vivre.

    La façade qui donne, au sud, sur les jardins, reprend l’ordonnancement classique de la façade nord, tournée vers la Seine. Marquée, comme elle, par deux avancées d’ailes sur les côtés, elle s’en distingue par la rotonde qui se détache au milieu du bâtiment. C’est là, au rez-de- chaussée, qu’est installé, depuis 1989, le bureau du Ministre.

     

     

    Aujourd'hui, l'hôtel a derrière lui un peu plus d'un siècle et demi d'histoire. Son aspect, pourtant, n'a que très peu changé et continue de refléter ce qu'ont voulu les parlementaires et les ministres qui ont lancé le projet en 1844, sous la houlette de François Guizot, alors ministre des Affaires étrangères. Étroitement associés à la conception du bâtiment, ses commanditaires n'ont pas hésité à intervenir à tous les niveaux, depuis l'ordonnancement des façades jusqu'à la taille du vestibule d'honneur, en passant par l'emplacement des cuisines ou l'adjudication des travaux. Cette pression exercée par l'État a plusieurs fois contraint l'architecte Jacques Lacornée à revoir ses plans.

    Le salon du Congrès doit son nom au Congrès de Paris qui mit fin à la guerre de Crimée et fut signé en 1856...dans le salon voisin ! Le décor d’origine est encore en place et témoigne de cet art du pastiche, si caractéristique du second Empire : Un grand lustre Renaissance éclaire une table guéridon de style Empire entourée de fauteuils Napoléon III. Rideaux et tentures ont été confectionnés par Barbier.

     

    Au centre du salon des Ambassadeurs, richement décoré, trône un globe terrestre, cadeau de François Mitterrand, sur lequel on repère, parmi les capitales du monde, les noms de Latché et de Jarnac.

     

     

     

     

     

     

     

    Au rez-de-chaussée, côté Seine, les salons de réception forment une enfilade rythmée par l’alternance des parquets de Versailles et en point de Hongrie.

     

     

     

     

     

     

     

     

    A l'intérieur, l'hôtel forme un ensemble décoratif cohérent dont le caractère homogène tranche avec le nombre des artistes qui ont participé à sa réalisation : Les peintres Séchan, Nolau et Rubé, les sculpteurs Molknecht, Lavigne et Liénard, et bien d'autres encore...ont été sollicités pour décorer les murs et plafonds, réaliser stucs, dorures et frises, imaginer meubles et objets décoratifs. Angelots, putti à l'italienne et figures féminines se pressent dans ce décor éclectique, qui multiplient les références aux styles passés et fournit ainsi un très bel exemple du style Napoléon III.

    Considéré comme l’un des plus agréables de l’hôtel, le salon de la Rotonde, côté jardin, abrite le bureau du ministre d’État. Sa décoration a évolué pour s’adapter aux goûts et à la personnalité de ses occupants successifs.

     

     

    Le salon de l’Horloge a accueilli nombre d’évènements internationaux. C’est là, sous une une allégorie de la France sculptée par Pollet, que Robert Schuman a prononcé, en 1950, le discours qui posait les bases de la Communauté européenne du charbon et de l’acier (CECA).

     

     

     

     

     

     

     

    Spacieuse et lumineuse, la salle à manger du Ministre offre une belle vue sur la Seine et la place de la Concorde. Au sol, le tapis orné de fleurs fait écho à la tonnelle fleurie peinte en trompe l’œil sur les voussures du plafond.

     

     

     

     

     

     

     

    Tout, dans la mise en scène des pièces, est conçu pour éblouir les visiteurs, les diplomates ou les souverains, et donner de la France une image de grandeur et de munificence...à laquelle, pourtant, tous les hôtes ne semblent pas avoir été sensibles. On trouve en effet, dans les correspondances étrangères de l'époque, quelques témoignages peu flatteurs, jugeant la splendeur de l'hôtel "plutôt outrée", ou évoquant un palais somptueux "presque présomptueux". Avec cent cinquante ans de recul, les regards, dépassionnés, se concentrent désormais sur la valeur patrimoniale de l'édifice, qui constitue un témoignage remarquable sur le goût du second Empire.

    Situé dans la Rotonde, au-dessus du bureau du Ministre, le salon des Beauvais, est souvent considéré comme le plus beau de l'hôtel. Il doit son nom aux superbes tapisseries qui ornent les murs. Elles représentent des perroquets sur fond de guirlandes de fleurs, dans une profusion de couleurs et de détails.

    Placé dans l'alcove de la Chambre du Roi, un lit bateau orné de motifs antiques en bronze doré appliqué, s'inspire du style Empire.

     

     

     

     

     

     

     

     

    Dans ce dédale de salons Napoléon III, deux pièces frappent par leur singularité. Il s’agit des salles de bain royales, créées en 1938, à l’occasion de la visite en France du roi d’Angleterre Georges VI et de sa femme, la reine Elizabeth. Situées au premier étage, elles ont été créées par l’architecture Pierre Bruneau, assisté d’une nombreuse équipe, et s’inscrivent dans le cadre d’un programme de rénovation de l’hôtel. Plein d’audace, le décor frappe par sa modernité et livre un magnifique témoignage de l’art décoratif des années 1930.

    Comble du luxe, une baignoire habillée d’une mosaïque d’or trône au milieu de la salle de bains du Roi. On aperçoit derrière, se détachant des murs laqués, un panneau de verre ouvragé.

     

     

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